
La Suisse n'étant plus ce qu'elle était, les fortunes privées affluent dans l'île-Etat qu'est Singapour que certains n'hésitent plus à nommer "la Suisse de l'Asie". Les accords de transparence signés en 2009 sont loin d'être un frein. La ville-Etat se pose, discrètement, mais surement en concurrente de la Suisse.
Singapour semble une candidate idéale : son secret bancaire est calqué sur celui de la Suisse et elle ignore toujours l’imposition à la source et les accords d’échange d’informations fiscales mis en place avec l’Union européenne. La ville-Etat héberge également une très forte concentration de particuliers fortunés. Selon un rapport publié en septembre par le Boston Consulting Group, un ménage sur dix y dispose d’un patrimoine géré d’au moins 1 million de dollars.
Pour ce qui est de Hong Kong, là aussi il ne faut pas compter sur les autorités Chinoises pour divulguer quoique ce soit à une quelconque autorités étrangères.
La Suisse de l'Asie
Depuis les accords de transparence fiscale signés par Singapour sous la pression de l'OCDE, les gérants de fortune préviennent-ils tout nouveau client que le secret bancaire peut désormais être levé ? Pour le jeune banquier interrogé, ces nouvelles règles n'angoissent personne. « Je cherche à connaître l'origine des fonds du client, mais je ne m'occupe pas de sa situation fiscale, ce n'est pas mon travail. Je lui explique que le secret bancaire reste très strict ici, un des plus forts du monde. » Rien sur ces accords ? « Franchement, ce n'est pas un sujet. Pour les banquiers, c'est comme si rien ne s'était passé. Nous nous sommes procuré des documents confidentiels que les établissements remettent à leurs clients fortunés pour présenter le pays. ING, banque néerlandaise rachetée par la Singapourienne OCBC, présente Singapour comme « la Suisse de l'Asie ». Et BNP Paribas écrit noir sur blanc : « Singapour possède les lois sur le secret bancaire les plus strictes du monde - même après la mise en place des standards de l'OCDE. »
Les fonds Européens affluent
Personne ne s'inquiète, les fonds affluent. Les actifs gérés ont baissé en 2008 avec la crise, à 460 milliards d'euros, mais ils avaient presque triplé en cinq ans. Politiquement stable, fiscalement avantageux (pas de taxe sur les gains en capitaux, les intérêts, les plus-values...), le pays profite avant tout du boom asiatique. Mais aussi de l'image écornée de la Suisse. Un fiscaliste Suisse nous confie « Comme le système de confidentialité suisse s'effrite, les gros portefeuilles que nous conseillons placent maintenant environ un tiers de leur fortune à Singapour. » Un simple jeu d'écritures informatique entre une banque suisse et sa filiale Singapourienne suffit.
Dans son rapport 2009, « La Richesse en Asie-Pacifique », Capgemini note aussi : « Alors que l'Union européenne s'attaque à la Suisse, les Européens fortunés se tournent de plus en plus vers Singapour et Hong-Kong. » Ce ne sont pas les seuls. Patron de l'activité banque privée de l'Asie au Crédit agricole jusqu'en janvier (retraité depuis), Gilles Fratacci explique, autour d'un thé au bar de l'hôtel Shangri-la : « Les clients asiatiques ont été choqués par la déroute de UBS. C'était la banque qu'ils considéraient comme une forteresse imprenable. Alors, ils ont ouvert des comptes ici et à Hong-Kong. » Pourtant, l'OCDE estime que Singapour a joué le jeu en appliquant la règle fixée l'an dernier : Singapour soigne sa réputation.
Les grandes banques étrangères semblent les plus à même de faire basculer aux antipodes leurs opérations de gestion de fortune basée en Suisse. Deutsche Bank, BNP, DEXIA, HSBC ou la Société Générale sont plus que jamais déjà présentes en force dans la ville-Etat.
L’AVIS DE L’EXPERT - Par Nadav BENSOUSSAN, Fondateur France Offshore
Le succès de Singapour comme celui de Hong Kong est dû en partie , à des échanges commerciaux exonérés de taxes et une place financière stable où abriter son argent et son patrimoine
Pour cela, Singapour effectue "un tour économique très simple". Soyez un peu plus aimable que vos voisins à l’égard de l’argent, et vous attirerez les flux de capitaux. Singapour a un long passé de zone de commerce international et de port franc, sa réputation en tant que " coffre fort de l’Asie" — un endroit fiable où mettre de l’argent à l’abri, et un centre financier offshore pour les capitaux — est plus récente que celle de Hong Kong.
Alors que l’Union européenne accentue la pression pour que la Suisse lève son secret bancaire, Singapour bénéficie des retombées. Le nombre de banques privées étrangères à Singapour a plus que doublé, passant de 20 en 2000 à 82 en 2010. A Hong Kong, BNP Paribas est la troisième banque locale de gestion privée de fortune.
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